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Interview avec notre partenaire : Charimaya Tamang

Publié le 8 mars 2021

 Charimaya Tamang incarne la résilience et la combativité. Après une enfance difficile au Népal, sa vie bascule totalement lorsqu’elle atteint l’âge de 16 ans. Droguée, puis capturée, elle est emmenée de force à Mumbai (Inde) par des trafiquants sexuels qui obligent de jeunes filles à se prostituer dans une maison close. Un cauchemar qui durera 22 mois, avant qu’elle ne soit délivrée par le gouvernement Indien.

Ce souvenir douloureux, Madame Tamang ne le considère pas comme un handicap, mais comme une force. A travers les années, elle est devenue l’icône des survivants de l’exploitation sexuelle, et s’est servie de cette expérience pour venir en aide aux victimes de cette forme d’esclavage.

Récompensée à plusieurs reprises pour sa lutte, son association, Shakti Samuha, avec qui nous travaillons depuis plusieurs années, est aussi la première au monde à être dirigée par des survivants de l’exploitation sexuelle, un progrès qui la motive d’autant plus à poursuivre ses efforts.

Même si elle s’en est sortie brillamment, Madame Tamang regrette de constater que l’exploitation sexuelle est un phénomène mondial, et si difficile à éradiquer. Elle s’indigne de cette forme d’esclavage moderne qui détruit la vie des jeunes filles, et leur vole leur dignité :

 « Cela ne devrait se produire nulle part…Cela ne devrait se produire nulle part dans le monde ! C’est une violation des droits fondamentaux de l’homme (…) »

En effet, le problème de l’exploitation sexuelle, réside entièrement dans le fait de traiter un être humain comme un objet. Aucun individu ne devrait avoir à se battre pour le simple respect de sa personne. Pourtant, pour s’en sortir, les victimes d’exploitation sexuelle n’ont pas d’autre choix que de se battre pour leur vie. A cette difficulté, Charimaya Tamang ajoute le tabou qui règne encore sur l’exploitation sexuelle au Népal.

« C’est très peu commun d’en parler. Peut-être dans des contextes précis et limités comme dans les ONG ou auprès des travailleurs sociaux. Mais en ce qui concerne les victimes, il est encore difficile de l’expliquer et d’en parler sous toutes ses formes, surtout pour ceux qui l’ont vécu. »

La preuve en est, lorsqu’elle a été réduite en prostitution en Inde, et même après sa libération, Charimaya Tamang et les autres survivantes n’ont pas été accueillies à bras ouverts au Népal. Bien au contraire, elles étaient vues comme des ‘porteuses de maladies’, voire même condamnées, pour ce qui leur était arrivé. Malgré cette violence sociale, tant dans la stigmatisation que l’exclusion, Madame Tamang ne s’est pas laissée abattre. Elle s’est servie de toutes ces expériences pour comprendre le concept de la résilience, et de l’attitude à avoir face à l’adversité.

 « Je suis un témoin direct de l’exploitation sexuelle, je l’ai vécu. Mais avoir des vulnérabilités ne signifie pas que notre vie est terminée. Tout le monde a des difficultés et des faiblesses. Ce qu’il faut faire, c’est chercher à en tirer des leçons, et se battre encore et encore. »

Une philosophie selon laquelle les difficultés, une fois surmontées, auraient un rôle spécifique : celui de nous apprendre à nous battre et tirer des leçons du passé. Dans cette multitude d’épreuves, Madame Tamang, a quand même pu faire la rencontre de personnes bienveillantes, qui l’ont aidée et soutenue dans ses projets. Un soutien, qui lui a permis de remonter la pente, et de progressivement abandonner son statut de ‘victime’, pour celui de ‘survivante’.

 « Vous savez, la vie est pleine de luttes et nous devons travailler sur ce chemin continuellement et sans relâche…Regardez-moi, lorsque j’ai commencé ce chemin il y a 20 ans, si je ne m’étais pas consacré à plein temps à mes efforts continus, je n’aurais pas autant d’amis aujourd’hui. Si on continue à se battre sans jamais rien lâcher, cela donne une visibilité à notre travail et cela nous permet de rester focalisés sur une direction, un objectif précis. »

 Madame Tamang a mené cette lutte sans relâche. Mais malgré tous ses efforts, l’activiste refuse de garder tout le mérite pour elle. De nombreuses personnes ont semé en elle, et lui ont permis d’être la personne qu’elle est aujourd’hui. Elle évoque notamment son grand frère, qui l’a toujours encouragée à aller à l’école lorsqu’elle était enfant.

 « C’était très important et nécessaire pour tous. Dans mon village, à l’époque, c’était l’époque où l’éducation des filles, même des garçons, n’était pas disponible…ou du moins, pas dans ma culture. Grâce à l’encouragement et à l’initiative de mon frère, aujourd’hui,  je suis la personne que je suis. Tout le mérite revient aussi à mon frère. »

 

On ne devient donc pas un héros seul, et encore moins en un jour. Il s’agit d’un long processus, souvent douloureux, mais qui, une fois dompté, peut sauver des milliers d’autres vies. Dans notre lutte contre l’exploitation sexuelle, de telles histoires nous permettent de toujours croire en nos efforts et de transformer les expériences les plus traumatiques en des témoignages inspirants pour les autres, et surtout, pour les victimes.

 

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Rédigé par Robine Bonsenge, chargée de communication