Sous le Haut Patronage de Son Altesse Royale la Grande-Duchesse

Mali 1

Enfants de la rue, filles migrantes, enfants scolarisés : la jeunesse malienne n’échappe pas à l’exploitation sexuelle, qu’elle soit à des fins commerciales ou non. Difficile d’en déterminer l’ampleur, tant en raison de sa nature illicite que par la difficulté de cerner une population errante, en rupture sociale parfois complète et permanente. Mais le phénomène est bien là. Depuis 2007, ECPAT Luxembourg s’est engagé dans la lutte contre ce phénomène avec ses partenaires maliens.

Le Mali est un pays de 1,241.238 km² dont 60% sont des régions désertiques. Sa population est de 11.7 millions d’habitants et connaît une croissance d’environ 2,4 % par an. En dépit d’une stabilité politique existant depuis 1992 (démarrage du processus démocratique et de la constitution de l’Etat de droit) et d’une croissance annuelle moyenne qui s’est maintenue aux environs de 4,8% depuis 1994 (année de la dévaluation du Franc CFA), grâce à la mise en place de politiques économiques tournées vers le libéralisme (privatisations), la lutte contre la pauvreté et la décentralisation, le Mali reste l’un des plus pauvres du monde. Il est en effet classé 173ème pays le plus pauvre sur les 177 mentionnés par le PNUD (Programme des Nations Unies pour le développement) dans son Rapport sur le Développement Humain 2007/2008. Les indicateurs sociaux sont alarmants. En effet, d’après le Rapport Mondial sur le Développement Humain 2007/2008 du PNUD, le PIB (Produit Intérieur Brut) par habitant n’est que de 1.033 USD/habitants (2005) (au Grand-Duché du Luxembourg celui-ci est de 60.228 USD/habitant en 2005) et 63,8% de la population malienne vit en dessous du seuil national de pauvreté (1990 – 2004). Le taux de mortalité infantile est de 120‰ (2005) et seulement 51% des enfants sont scolarisés dans le primaire.

  • Précarité économique qui pousse certains enfants à travailler dans la rue pour subvenir aux besoins du foyer. Cette précarité accentue les situations conflictuelles au sein du foyer qui sont à l’origine des ruptures enfants / famille qui conduisent certains enfants à vivre dans la rue.
  • Le manque d’opportunités économiques en milieu rural qui pousse les jeunes filles de certains villages à aller chercher du travail en ville. Une fois arrivées en ville, ces filles sont très vulnérables aux risques d’exploitation économique et sexuelle (personnes qui les hébergent, employeurs, etc.)
  • Les dérives de l’enseignement coranique font que dans certaines écoles coraniques les élèves sont exploités par leurs maîtres coraniques qui, en contrepartie d’un enseignement qui se limite à apprendre par cœur et à recopier des sourates du Coran, les envoient mendier dans la rue de nombreuses heures par jour et leur fixent de véritables « objectifs financiers » à remplir sous peine de châtiments corporels. Ces enfants, analphabètes pour la plupart, vivent dans des conditions de précarité extrêmes et sont particulièrement exposés aux risques d’être exploités sexuellement par d’autres élèves ou par des hommes qu’ils rencontrent dans la rue lorsqu’ils mendient.

Projet d’appui aux enfants particulièrement vulnérables aux risques d’exploitation sexuelle

La protection des enfants des rues (Bamako), des filles migrantes (Mopti) et les élèves des écoles coraniques (Ségou, Mopti et Bamako) contre les risques d’exploitation sexuelle.

  • Activités de prévention, de protection et de sensibilisation dans la rue
  • Accueil d’enfants en situation de rue dans des foyers d’accueil (Bamako)
  • Appui psychosocial, éducation de base et formation professionnelle en vue d’une réinsertion sociale réussie des enfants en situations de rue
  • Développement d’activités de sensibilisation, de formation, de protection et de mise en œuvre de petits projets générateurs de revenus en milieu rural (région de Mopti), d’une part, en vue de freiner l’exode des filles issues des villages vers les villes et en milieu urbain (ville de Mopti), d’autre part, pour les filles qui ont migré vers Mopti
  • Appui à l’amélioration des conditions de vie et de l’enseignement des élèves des écoles coraniques (Bamako, Ségou et Mopti)

    • Conditions de vie : assainissement, appui alimentaire et sanitaire, réduction de la mendicité, lutte contre abus commis par certains maîtres coraniques sur leurs élèves
    • Enseignement : compléter l’enseignement du Coran par de l’éducation de base en français et en langue nationale et par de la formation professionnelle
  • Actions de plaidoyer en vue de l’intégration dans l’ordre juridique interne Malien de normes visant la protection des enfants contre l’exploitation sexuelle
  • Renforcement des capacités des partenaires en matière de bonnes pratiques dans le domaine de la lutte contre l’exploitation sexuelle des enfants
  • Enfants de la rue (Bamako)
  • Filles migrantes (Mopti et sa région)
  • Elèves coraniques (garibous) – Mopti / Ségou

Le projet poursui son objectif, conformément à sa planification initiale. Ainsi les principales activités développées en 2008 ont été :

L’alphabétisation, la sensibilisation et l’éducation à la santé, la formation professionnelle

230 filles migrantes ont bénéficié de l’alphabétisation en bambara : 75 filles à Sévaré (âgée entre 8 et 18 ans) et 155 filles à Mopti. Le même nombre a suivi des séances de sensibilisation sur différents thèmes (santé de la reproduction, SIDA, etc…). De plus, plus de 200 filles migrantes ont reçu des fournitures scolaires et des livres.

19 enfants de la rue accueillis par Sinjiya Ton (6 filles et 13 garçons) ont été inscrits à l’école et un instituteur de tous niveaux a été recruté pour l’accompagnement scolaire de ces enfants. De plus, 8 enfants de la rue ont bénéficié d’un cycle d’alphabétisation en français (langue officielle du Mali).

47 élèves coraniques (ou talibés) ont été alphabétisés en bambara, langue majoritairement parlée au Mali. Le projet a fourni également 60 tables bancs dans 2 écoles coraniques de Bamako ainsi que des fournitures pour l’alphabétisation. Un alphabétiseur a été recruté dans la région de Mopti. 398 élèves talibés ont participé aux séances de sensibilisation sur la santé et environnement.

Pour la formation professionnelle, plus de 230 filles migrantes ont été formées à l’apprentissage de la transformation des produits alimentaires et la fabrication de savon local (en perspective de petites AGR une fois rentrées au village). 85 autres filles ont bénéficié de la formation professionnelle en teinture et savon.

Des enfants des rues ont participé à la formation théorique et pratique en coupe et couture et suivent également les cours d’alphabétisation. Un atelier de coupe et couture a pour cela été construit et a été entièrement équipé. 

La réinsertion socioéconomique des filles migrantes et des élèves coraniques

La réinsertion de ces jeunes doit passer par leur possibilité à changer leur mode de revenu : principalement la mendicité pour les talibés et la migration vers la ville pour les jeunes filles migrantes. Ainsi des AGR ont été développés pour ces deux groupes cibles : 

48 filles du milieu rural (village de Dansa dans la région de Mopti) ont ainsi bénéficié d’un appui financier pour mener des activités de petits commerces en vue de les fixer au village.

Et 95 élèves coraniques ont été aidés dans la mise en place d’AGR comme la vente de friperies, le petit commerce (étalage), les activités de cireurs, pousseurs ou charretiers.

Suivi psychosocial et prise en charge

Des psychologues et accompagnateurs ont été engagés par nos partenaires pour suivre les différents groupes cibles du projet : Pour les élèves coraniques : un psychologue, un médecin et un infirmier de l’ONG Médecin du Monde Belgique accompagnent l’équipe de terrain de Mali Enjeu (6 animateurs) dans les écoles coraniques de Bamako.

Sinjiya Ton a engagé un psychologue qui anime également le volet psychosocial auprès des familles. 
Enfin, 8 monitrices encadrent et suivent les jeunes filles migrantes identifiées par le projet. Ce dernier partenaire a mis à disposition du projet 2 centres pour accueillir les enfants, alors que les autres partenaires, comme Mali Enjeu ont proposés des appuis ponctuels alimentaires et vestimentaires aux écoles coraniques. Pour chacun des groupes cibles, une prise en charge sanitaire, alimentaire et médicale a été organisée autant que possible.

Actions de sensibilisations

ECPAT Luxembourg, de concert avec ses partenaires, travaille à sensibiliser les autorités et le public à la question, taboue au Mali, de l’exploitation sexuelle des enfants. Pour ce faire, ECPAT est présente à toutes les manifestations d’ordre global ou national comme la journée de l’Enfant du 16 juin 2008 ou des Droits de l’Enfant du 20 novembre 2008.

Principales difficultés rencontrées par le projet 

La principale difficulté d’un tel projet est sa problématique elle-même. En effet, la question de l’exploitation sexuelle des enfants est toujours taboue au Mali et il est difficile d’en parler et de travailler sur cette thématique.Il faut donc du temps pour que ces tendances évoluent.